
Après plusieurs années particulièrement mouvementées sur le marché de l’énergie, les granulés de bois abordent l’hiver 2026-2027 dans une situation beaucoup plus lisible qu’au moment de la crise de 2022. Les prix ont certes légèrement remonté au cours des derniers mois, mais le marché français dispose aujourd’hui d’une production importante, d’un réseau d’approvisionnement mieux structuré et d’un niveau de prix toujours compétitif par rapport aux principales énergies de chauffage.
Pour les quelque deux millions de foyers français utilisant le granulé, une question revient toutefois à chaque rentrée : faut-il acheter ses pellets dès maintenant ou attendre l’hiver ?
Les données publiées début septembre 2026 permettent déjà de dresser un premier état des lieux et d’identifier les principaux facteurs susceptibles d’influencer les tarifs pendant la saison de chauffe.
Les données les plus récentes disponibles sont celles du deuxième trimestre 2026.
D’après les indicateurs du Centre d’Études de l’Économie du Bois (CEEB) repris par Propellet France, le prix moyen se situe autour de 385 € par tonne pour les granulés conditionnés en sacs et de 388 € par tonne pour les granulés en vrac. Pour un conditionnement classique de 15 kg, la première valeur équivaut à environ 5,78 € par sac.
Il faut cependant comprendre ce que représente ce chiffre.
Il s’agit d’un indicateur national permettant de suivre la tendance du marché et non du prix que chaque particulier retrouvera nécessairement dans son magasin ou chez son distributeur. Le tarif final varie en fonction de la région, du volume acheté, des frais de livraison, du conditionnement, de la certification du granulé et bien entendu de la politique commerciale du vendeur.
Une palette commandée avec livraison à domicile peut ainsi afficher un tarif sensiblement supérieur au simple équivalent de 385 € la tonne.
Cette distinction est essentielle pour comparer correctement les offres : le prix d’un sac pris individuellement en magasin ne doit pas être comparé directement avec celui d’une tonne achetée en palette ou de plusieurs tonnes livrées en vrac.
Les indicateurs du premier semestre montrent une remontée du coût du granulé. Propellet parle elle-même d’une « hausse observée récemment », tout en soulignant que le niveau actuel reste nettement inférieur à celui de la période exceptionnelle de 2022.
Cette évolution ne constitue donc pas, en l’état actuel des données, le signal d’une nouvelle crise.
L’année 2022 avait cumulé plusieurs phénomènes inhabituels : crise énergétique européenne, envolée des prix du gaz et de l’électricité, hausse brutale du nombre de consommateurs cherchant une énergie alternative, constitution de stocks de précaution et tensions sur les approvisionnements.
Le comportement des particuliers avait également renforcé le phénomène : face à la crainte d’une pénurie, certains ménages avaient acheté bien davantage que leurs besoins annuels habituels.
Quatre ans plus tard, la configuration est différente. La filière a accru ses capacités, les circuits d’approvisionnement se sont adaptés et les importations européennes peuvent compléter la production française lorsque cela devient nécessaire.
Cela ne signifie pas que les prix resteront parfaitement stables pendant tout l’hiver 2026-2027. Une période de froid prolongé peut toujours provoquer un surcroît de commandes et tendre temporairement le marché. Mais, début septembre, aucun élément ne permet de conclure à un scénario comparable à celui de 2022.
La structure du marché français constitue justement l’un des facteurs les plus rassurants.
Les données communiquées lors du Propellet Event 2026, à partir des chiffres du Syndicat National des Producteurs de Granulés de Bois, évaluent la consommation de granulés en France métropolitaine à environ 3 millions de tonnes en 2025.
Sur ce total, approximativement 2,4 millions de tonnes ont été produites en France, tandis qu’environ 650 000 tonnes ont été importées. Cela signifie que près de 80 % du granulé consommé en France métropolitaine est d’origine française.
La Belgique représentait en 2025 le premier fournisseur extérieur, avec plus de 300 000 tonnes expédiées vers le marché français. Ces importations ne doivent pas nécessairement être interprétées comme une dépendance : elles jouent principalement un rôle de complément lorsque la demande dépasse temporairement les capacités immédiatement disponibles sur le territoire.
Cette combinaison entre production nationale et échanges avec les pays voisins apporte donc une certaine flexibilité au marché.
La demande pourrait néanmoins progresser dans les prochaines années car le marché des appareils de chauffage au granulé s’est redressé.
Après deux années 2023 et 2024 beaucoup plus difficiles, 128 000 poêles à granulés ont été vendus en France en 2025, soit une progression de 36 % par rapport à 2024.
Les chaudières à granulés ont elles aussi retrouvé une croissance positive, avec 8 060 unités vendues, soit +13,5 %.
Pour le marché du combustible, cette évolution compte : davantage d’appareils installés signifie mécaniquement davantage de consommateurs susceptibles d’acheter des pellets au cours des prochaines années.
Mais l’équation ne dépend pas uniquement du nombre d’appareils. La consommation réelle varie considérablement selon la surface du logement, son isolation, la région climatique, la température intérieure souhaitée et surtout les performances du poêle.
Un appareil bien dimensionné dans une habitation correctement isolée ne consommera évidemment pas la même quantité de pellets qu’un appareil utilisé comme chauffage principal dans une grande maison ancienne.
C’est un élément parfois oublié lorsque l’on analyse exclusivement le prix d’un sac.
L’ADEME indique qu’un poêle à granulés moderne peut atteindre un rendement compris entre 85 et 98 %, supérieur à celui de nombreux appareils traditionnels à bûches.
Mais les performances théoriques de l’appareil ne suffisent pas.
Une étude conduite en conditions réelles par l’ADEME, l’INERIS, le CSTB et Solagro rappelle notamment l’importance du dimensionnement du poêle par rapport aux besoins du logement, ainsi que du dimensionnement correct des conduits de fumées. Les performances intrinsèques des appareils modernes sont élevées, mais leur utilisation réelle peut encore être améliorée.
Une étude plus récente mise en ligne par l’ADEME en juillet 2026 souligne également que les phases d’allumage et d’arrêt font partie des moments où les émissions augmentent et que les réglages, l’entretien et les cycles de fonctionnement influencent le comportement réel du poêle.
Autrement dit, acheter le granulé quelques centimes moins cher n’est qu’une partie de la maîtrise du budget chauffage. Faire fonctionner correctement l’installation pendant toute la saison peut avoir une influence tout aussi importante sur la facture annuelle.
C’est également le constat fait par Hotomatic, fabricant italien de poêles à granulés commercialisant directement ses appareils sur le marché français. La gamme comprend notamment des poêles à air ventilé, des modèles canalisables et des solutions hydro permettant de chauffer l’eau du circuit de chauffage.
Interrogée sur les perspectives de la saison 2026-2027, l’entreprise insiste notamment sur la nécessité de ne pas analyser le coût du chauffage uniquement à partir du prix affiché sur le sac de pellets :
« Les consommateurs surveillent naturellement le prix du granulé avant l’hiver, mais le coût du combustible n’est qu’un des paramètres du budget chauffage. Le choix de la puissance du poêle, son rendement, le niveau d’isolation du logement et la manière dont l’appareil module sa puissance influencent directement la consommation. Un poêle correctement dimensionné peut fonctionner plus régulièrement, limiter les cycles inutiles d’allumage et d’arrêt et exploiter plus efficacement l’énergie contenue dans le granulé », explique Hotomatic.
Pour le fabricant, la première étape lors du choix d’un équipement consiste donc à évaluer les besoins réels de l'habitation plutôt qu’à rechercher systématiquement la puissance nominale la plus élevée.
Cette logique se retrouve également dans les recommandations issues des études de l’ADEME sur les performances réelles des poêles.
Malgré la hausse enregistrée en 2026, les pellets conservent un avantage important lorsque l’on compare le prix du kilowattheure d’énergie.
Selon les dernières données disponibles au deuxième trimestre 2026, le granulé représente environ 8,37 centimes d’euro par kWh lorsqu’il est vendu en sacs et 8,43 c€/kWh lorsqu’il est livré en vrac.
Le même indicateur donne :
Une réserve méthodologique s’impose : pour le gaz naturel et l’électricité, les dernières valeurs utilisées dans ce graphique correspondent à décembre 2025. Il ne s’agit donc pas d’une comparaison parfaitement simultanée de toutes les énergies.
Elle montre néanmoins que le granulé reste dans une zone de prix particulièrement compétitive.
Le calcul final pour un ménage doit toutefois intégrer le rendement de l’installation et pas seulement le coût brut de l’énergie.
Pour un consommateur disposant d’un espace de stockage adapté, acheter avant les premiers froids présente plusieurs avantages.
La demande en granulés est naturellement saisonnière. Lorsque les températures chutent simultanément dans plusieurs régions, les distributeurs peuvent connaître une multiplication rapide des commandes et les délais de livraison peuvent s’allonger.
Acheter en fin d’été ou au début de l’automne permet donc avant tout de réduire son exposition à la saisonnalité, plutôt que de spéculer sur une hausse ou une baisse de quelques euros.
L’ADEME recommande d’ailleurs, lorsque les conditions le permettent, d’acheter une quantité suffisante de granulés provenant d’un même lot pour couvrir la saison de chauffe. Un achat groupé peut réduire le coût du combustible et évite également de modifier trop fréquemment les réglages nécessaires en cas de changement de granulé.
Il n’est en revanche pas conseillé de constituer des stocks excessifs pendant plusieurs années. Même conservés correctement, les pellets peuvent progressivement se dégrader.
Le tarif ne doit donc jamais constituer le seul critère d’achat.
L’ADEME conseille de privilégier les granulés disposant d’une certification ou d’une marque de qualité reconnue, notamment ENplus, DINplus ou NF Granulés Biocombustibles Bois Qualité Haute Performance.
Ces démarches permettent notamment de mieux encadrer les caractéristiques du combustible.
Le stockage doit ensuite protéger les sacs contre leur principal ennemi : l’humidité.
Les granulés sont constitués de sciures et copeaux de bois compactés. S’ils absorbent de l’eau, ils peuvent gonfler et se désagréger, augmentant la quantité de poussière et dégradant leur qualité.
L’ADEME recommande ainsi un stockage dans un lieu sec et aéré, avec les sacs surélevés par rapport au sol, par exemple sur une palette.
Prédire précisément le prix d’une tonne de granulés plusieurs mois à l’avance serait hasardeux.
Le prix dépendra notamment de la météo de l’automne et de l’hiver, du niveau des stocks chez les distributeurs, du coût de la matière première, du transport, de la demande européenne et des volumes importés ou exportés.
Les dernières données disponibles montrent néanmoins une situation relativement claire : le granulé est remonté autour de 385 à 388 € la tonne au deuxième trimestre 2026, mais le marché français reste profondément différent de celui qui avait connu les tensions exceptionnelles de 2022.
La France produit aujourd’hui la grande majorité de ce qu’elle consomme et peut compléter son approvisionnement grâce aux échanges européens.
Pour l’hiver 2026-2027, le scénario le plus raisonnable n’est donc pas celui d’une nouvelle explosion automatique des prix, mais celui d’un marché pouvant connaître des variations saisonnières et des tensions ponctuelles, notamment si les températures deviennent très basses.
Pour les ménages chauffés aux pellets, quelques principes restent alors particulièrement efficaces : anticiper raisonnablement ses achats, comparer le prix à la tonne plutôt que seulement celui du sac, choisir un combustible certifié, le conserver correctement et veiller à ce que le poêle soit adapté aux besoins énergétiques réels de l’habitation.
Car si le prix du pellet reste un indicateur important, le véritable coût d’un hiver se mesure finalement en quantité de granulés nécessaire pour maintenir le logement à la température souhaitée. Et sur ce point, la qualité de l’appareil, son dimensionnement et son utilisation jouent un rôle aussi déterminant que les fluctuations du marché.